Pourquoi aller voir un psy ?

Tu devrais aller voir quelqu’un….

Jeune, très jeune, je savais déjà très bien que je n’allais pas bien. Et il y a beaucoup de choses que j’étais prête à faire, pour aller mieux.

J’étais prête à lire tous les livres qui pouvaient m’apporter une miette d’informations sur ce qui m’arrivait ou comment progresser. J’étais prête à déménager à des milliers de kilomètres de ma famille d’origine pour pouvoir me sentir en sécurité. Prête à passer beaucoup de temps, et si besoin d’argent, pour aller mieux.

Il y a juste une seule chose que je ne voulais absolument pas faire: aller voir un ou une psy. C’était hors de question. Rien que l’idée me faisait me recroqueviller dans un coin. C’était viscéralement, absolument non.

Il a fallu que j’essaie en vain toutes les autres avenues possibles, et que je me sente au bord du désespoir, il a fallu que cela apparaisse comme le seul recours restant, pour que j’y aille. Et c’était la bonne chose à faire.

J’écoute et je lis le témoignages d’autres, je comprends que je ne suis pas la seule. Plus nous sommes en difficulté, plus nous avons besoin d’aller voir un psy, et plus nous refusons de le faire. C’est une triste ironie, mais il y a des raisons compréhensibles derrière cette angoisse.

C’est terrifiant d’aller voir un psy… parce que nous n’avons pas confiance

La plupart d’entre nous, et par nous j’entends ceux qui ne vont vraiment pas bien à un moment de leur vie, ont vécu des traumatismes. La plupart de ces traumatismes ont été occasionnés par des relations. C’est presque toujours le cas des victimes de violences sexuelles: dans l’immense majorité des cas la violence sexuelle est commise par quelqu’un que nous connaissons . C’est aussi souvent le cas des violences physiques, ou émotionnelles, ou de l’abandon. Plus la relation est importante, plus l’effet est terrible.

Pour nous tous alors, l’évidence est aveuglante: le danger vient des relations. Le danger vient des autres. La confiance peut être trahie, la dépendance émotionnelle peut être un moyen de nous faire mal. Ouvrir une porte à l’intimité, à ce qui se passe à l’intérieur de nous, c’est inviter des conséquences dévastatrices.

Pourquoi alors, dans ces conditions, aller voir quelqu’un? Car il s’agit précisement de cela dans une relation thérapeutique: parler de soi, ouvrir une porte sur son expérience intime, établir une relation de confiance et compter dessus. Tout ce qui nous terrifie. Tout ce que nous notre expérience nous a appris à craindre.

C’est terrifiant d’aller voir un psy…parce que nous avons honte

Une des conséquences les plus injustes, et les plus tristes d’avoir été victime de trauma, est la honte. C’est une autre triste ironie de ces situations: c’est la victime qui est elle rongée par la honte alors qu’elle n’y est pour rien.

Nous ne faisons pas toujours le lien entre ce qui nous est arrivé et une estime de nous-même dégradée, une honte, voire une haine de nous-même. Mais le lien est là, bien visible, une fois qu’on a pris un peu de recul.

Nous sommes nombreux, et nombreuses, à penser que nous sommes la personne la plus nulle de l’univers. C’est une illusion bien sûr, même si nous avons nos raisons d’y croire. Mais cela ne donne pas envie d’aller partager ses pensées intimes avec un étranger.

Il est très difficile de se raconter et de donner accès à notre monde intérieur lorsque nous pensons que ce que l’on va montrer est coupable, inapproprié, sans valeur. Nous pensons que les autres vont nous juger, nous accuser, nous trouver inintéressant(e), bizarre ou pathétique. Alors que c’est l’inverse: ces relations si particulières servent à nous montrer que nous sommes normaux. C’est le regard de l’autre qui nous réaffirme comme valable, humain, normal.

Aller voir un psy est exactement ce que nous devons faire

J’ai eu beau lire tous les livres de développement personnel possibles, faire quatre années d’études universitaires en psychologie, et pratiquer des heures d’introspection….la clé pour m’en sortir a tout de même été la relation thérapeutique avec un psy.

J’ai détesté et combattu l’idée longtemps avant d’y aller, j’ai combattu encore lorsque j’étais dans cette psychothérapie pour ne pas trop rentrer dedans, pas trop m’exposer…. mais la clé pour m’en sortir a tout de même été cette thérapie.

Pourquoi ? Parce que les dommages infligés par les relations ne peuvent être guéris qu’à l’aide d’autres relations. Parce que livrer nos pensées intimes à quelqu’un de formé pour les recevoir et pour comprendre ce qu’elles sont (souvent le résultat d’une histoire traumatique), nous permet de voir que nous ne sommes pas nuls ou coupables; nous sommes juste des gens normaux à qui il est arrivé des choses très difficiles – comme d’ailleurs beaucoup de gens.

La reine du bal

Voici un exemple très personnel: pendant très longtemps, j’ai porté très peu d’attention à mon apparence. Même jeune femme, le maquillage, les vêtements, les bijoux, la coiffure ne m’intéressaient pas; le magazines féminins me tombaient des mains. Mes amies se désolaient souvent de ce peu d’efforts, alors d’après elles j’aurais dû mettre mes atouts en valeur.

Tout cela n’aurait eu aucune importance si cela avait été un vrai choix de ma part, mais ce n’était pas le cas. Dans le fond j’aurais bien aimé parfois être la reine du bal, attirer l’attention, plaire. C’est juste que je n’y arrivais pas. Mes efforts sporadiques tombaient toujours à plat. Je me sentais…handicapée. Et de nouveau, bizarre: pourquoi je n’arrivais pas à faire une chose aussi simple que me maquiller et mettre une belle robe, alors que cela semblait être si facile pour toutes les autres femmes ?

Il a fallu quelques temps en thérapie, mais j’ai fini par comprendre, vraiment comprendre, pourquoi j’avais cet empêchement. J’ai été victime de violences sexuelles dans mon enfance. Sans que je m’en rende vraiment compte, dès que je prends du temps pour me rendre plus belle, une petite voix parle tout bas : ce n’est pas une bonne idée de se rendre visible, encore moins désirable. Il y a des prédateurs sexuels qui se baladent là dehors, est ce que je veux vraiment leur montrer mes jambes ? Bien sûr que non. Est-ce que je vais pouvoir me défendre si les attentions se font trop pressantes ? Pas sûr, je n’ai pas un historique rassurant en la matière. Est-ce qu’on va m’accuser de chercher les ennuis si je me mets vraiment en valeur ? Et bien cela ne serait pas étonnant…. Et ainsi de suite.

Est-ce que cette voix a tort ? Aujourd’hui encore, je n’en suis pas si sûre. Les magazines féminins me tombent toujours des mains. Mais je suis en paix avec moi même: je ne suis pas bizarre. J’ai juste une histoire difficile, comme beaucoup d’entre nous. Et je ne suis pas du tout sûre que je serais parvenue à cette conclusion sans un regard extérieur fiable, formé, bienveillant, et intime. Un psy, quoi.

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