Les violences sexuelles

Voici deux exemples tous deux vécus mais très différents d’expériences de violences sexuelles.

Mon amie Sara a toujours passé ses vacances en France; elle ressent une certaine appréhension à l’idée de voyager à l’étranger. Pour autant, elle organise sa vie autour de cet empêchement et cela ne lui pose pas plus de problème que ça.

Un jour pourtant, son employeur lui demande de faire un voyage d’affaire à l’autre bout du monde. Cela l’angoisse des mois à l’avance. Finalement, le jour du voyage arrive, et il se passe très bien malgré ses craintes.

Cet épisode la pousse à revenir en arrière sur les raisons de ses angoisses: elle se rappelle son premier voyage. Elle avait été harcelée par des avances masculines non sollicitées. Au point que certaines nuits elle ne pouvait dormir à cause des sonneries incessantes à la porte. Elle se rend compte que ses angoisses, et ses empêchements, proviennent de cet épisode malheureux.

Mon histoire est celle de violences sexuelles à l’intérieur de ma famille d’origine. Ce trauma a eu des conséquences profondes sur presque tous les aspects de ma vie et de ma personnalité; il a créé le chaos dans mon estime de moi-même, ma capacité à avoir des relations saines, ma vie émotionnelle. De manière générale, cette expérience m’a rendu la vie impossible pendant des années. J’ai craint longtemps de ne pas être capable de faire des choses aussi simples que d’avoir un métier, des amis, et de fonder une famille.

Ces expériences sont très différentes: l’âge auquel l’expérience est survenue est différent. Dans un cas les agresseurs sont des inconnus, dans l’autre il s’agit d’un homme proche. Pour Sandra il n’y a eu aucun contact physique, pour moi il y en a eu. Les conséquences sur nos vies n’ont pas été les mêmes non plus, avec un impact bien plus profond dans un cas que dans l’autre.

Mais dans les deux cas, il s’agit de violences sexuelles.

Comme pour beaucoup de concepts de psychologie, il y presque autant de définitions de la violence sexuelle que de psychologues.

Cela m’autorise à donner la mienne: la violence sexuelle est le fait de tenter d’imposer sa propre volonté d’activité sexuelle à une victime qui n’a pas donné son consentement.

Ce qui veut dire qu’il n’y a pas besoin de réussir à imposer l’activité sexuelle pour qu’il y ait violence: dans le cas de Sandra, les agresseurs ont essayé, avec insistence et force, mais n’y sont pas parvenus.

Ce qui veut dire que par définition, dès qu’on parle d’une personne mineure, il y a violence: les enfants sont incapables de donner un consentement éclairé concernant la sexualité; d’abord ils ne savent souvent pas de quoi il s’agit. Ensuite ils sont incapables de prévoir les conséquences dévastatrices que cela va avoir sur leur vie future.

Et enfin, il n’y a pas besoin d’avoir exprimé son opposition pour qu’il y ait eu violence. Il suffit qu’il n’y ait pas eu de consentement. Notez que je ne parle pas là d’une définition judiciaire de la violence, celle qui prévaut dans les tribunaux pour protéger la présomption d’innocence. Ma définition est psychologique, pour expliquer et traiter les conséquences à long terme de ces actes.

Pourquoi, au grand pourquoi, estime-t-on qu’il est de la responsabilité de la victime de ne pas en devenir une en démontrant vigoureusement son opposition? Il me semble qu’il est plutôt de la responsabilité de celui, ou celle, qui initie une activité sexuelle de s’assurer d’un consentement explicite, et d’arrêter ses avances si consentement il n’y a pas.

Je tente une analogie. Imaginez qu’un jour, vous rentriez chez vous, pour vous apercevoir que votre beau-frère a remanié votre maison sans votre accord. Il a cassé des cloisons, rajouté un étage et remanié l’ensemble dans le style néo-gothique. Croyez vous vraiment que votre entourage jugerait que c’est légitime, puisque vous n’avez pas manifesté votre opposition ? Je pense plutôt que l’absence de votre accord suffirait : on ne touche pas à la propriété d’autrui sans son accord. Et un accord ne veut pas dire simplement une absence de désaccord.

Pourquoi ce qui est vrai pour une chose, un bien, une propriété, ne vaut-il pas pour notre propre corps? Il me semble pourtant qu’il est plus important qu’une maison. Il me semble que les conséquences sont plus graves si l’on y fait quelque chose sans notre accord. Il me semble que c’est plus personnel, plus intime, plus précieux. Alors pourquoi cette conviction que n’importe qui peut y faire ce qu’il veut, du moment qu’il n’y a pas d’opposition farouche?

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