Les livres de développement personnel, in english

Jeune adulte, j’étais plongée dans la détresse. J’étais assez douée pour préserver les apparences et de l’extérieur, tout allait bien.

Mais à l’intérieur, c’était une autre histoire: je ployais sous les assauts d’une estime de moi dévastée, de critiques internes féroces, et d’une grande solitude. Je n’avais jamais de moments heureux ou juste tranquilles. Tout était difficile, et tout était pénible.

Longtemps, j’ai cru que la solution viendrait de l’extérieur: je serais en paix lorsque j’aurais eu mon diplôme, trouvé une histoire d’amour épanouissante, trouvé un travail valorisant, des amis sympas, ou toute autre idée de solution externe qui pouvait me venir. Je n’avais pas l’intention d’aller voir un psy, et je ne lisais pas de livres de développement personnel.

Le salut ne viendra pas de l’extérieur

J’ai dépensé beaucoup d’énergie pour atteindre tout ça, et ce qui devait arrivé est arrivé: dans les grandes lignes, j’ai réussi. L’évidence m’est alors tombée dessus: cela ne changeait rien. J’aurais pu gagner un prix Nobel, avoir George Clooney à mes pieds, et avoir un fan club long comme le Gange, cela ne changeais rien, rien, rien. Je me sentais toujours aussi inadéquate et ma vie restait pénible.

Aucune validation externe ne pouvait me réparer. Si je ne prenais pas en main mes problèmes, ils prendraient même plus d’ampleur avec le temps. Ce qui rejoignais une croyance ancienne: il y avait vraiment quelque chose qui n’allait pas chez moi.

Mais le salut peut venir d’une fuite

Jouant le tout pour le tout , j’ai saisi l’opportunité de déménager à une dizaine de milliers de kilomètres de chez moi, dans un pays anglophone.

Au début, vous l’avez sans doute deviné, l’effet m’a semblé nul. Un proverbe de mon pays d’accueil le disait très bien: wherever you go, there you are. Je venais de découvrir qu’on ne peut se fuir.

Mais parfois, ce qu’on fait pour de mauvaises raisons a des conséquences immensément positives: ce fut le cas pour ce choix là.

Cette fuite m’a donné l’espace suffisant pour me sentir à l’abri des dynamiques et de l’influence de ma famille d’origine. Il y avait sans doute moyen de faire autrement, mais ce moyen là a été rapide, à défaut d’être simple.

Cela m’a aussi donné accès à une autre perspective sur les gens qui ne vont pas bien, comme moi. Et cette perspective était bien plus constructive.

La rencontre avec les livres de développement personnel en anglais

Tout n’est pas parfait dans la culture anglo-saxonne, loin s’en faut. Mais certains aspects ont fait que j’ai pu trouver plus facilement de l’aide qu’en France;

  • Pas besoin d’être bac + 12 pour avoir le droit de s’exprimer et être publié sur un sujet de psychologie; on peut avoir simplement une expérience personnelle à raconter, c’est suffisant, et cela peut être très intéressant pour les autres.
  • Ce qui compte n’est pas la satisfaction intellectuelle d’une théorie complète et cohérente, c’est l’efficacité: qu’est ce qu’on constate ? Qu’est ce qui marche ?

De manière générale, c’est le message essentiel que j’ai retenu, et que je trouve encore valide quelques dizaines d’années plus tard: ce n’est pas avec son intellect, ni son ego, qu’on peut résoudre les difficultés psychologiques; ni les siennes, ni celles des autres.

L’exemple des addictions

Pour illustrer mon propos, et parce qu’un exemple vaut bien mieux que de longues dissertations, prenons le cas de l’addiction exploré dans mon dernier post.

L’article wikipedia en Français évoque tout un tas de sujets sur la manière dont sont construites les personnes qui souffrent d’addiction, mais rien sur l’origine traumatique du problème. Il fait en particulier mention de la théorie psychanalytique, qui explique l’addiction par la pulsion de mort.

L’article wikipedia en anglais comporte les mêmes considérations, à deux différences près; tout d’abord, aucune mention de la psychanalyse. Et surtout, il y a un paragraphe qui fait toute la différence. C’est celui des causes liées à l’environnement.

Il cite en effet l’étude Adverse Childhood Experiences Study qui démontre une forte corrélation entre les expériences infantiles négatives, comme les violences subies, et les addictions.

Nos difficultés viennent de notre histoire

Au delà du jargon, la différence entre les deux articles est profonde. L’un dit que le problème, c’est nous – la façon dont nous fonctionnons, la façon dont nous sommes construits. L’autre dit que le problème, c’est notre histoire.

Et cela change beaucoup de choses. Cela veut dire que nous sommes comme tout le monde, construits de la même étoffe, avec la même valeur. Nous ne sommes pas incompétents, ou handicapés, ou nuls. La seule chose qui se tient entre quelqu’un d’équilibré et nous, c’est notre histoire.

Cette perspective m’a donné une énorme dose de validation, de réassurance, d’encouragements. Je pense que cela a fait la différence entre m’en sortir, et ne pas m’en sortir.

Tout au long des articles de ce blog, vous allez donc me voir faire références à des auteurs anglo-saxons. Parfois, ces auteurs ne sont même pas traduits en Français. Je m’en excuse, mais comprenez moi: ma reconstruction vient de cet univers. Et aujourd’hui encore, je ne retrouve pas mes idées dans les livres de développement personnel qui paraissent en France.

Mais si vous pensez que j’ai tort, que mon histoire m’aveugle, et que certains ouvrages valent vraiment la peine, alors n’hésitez pas: donnez moi les références. Je les lirai, et cela me fera peut être changer d’avis…

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