Le perfectionnisme est vraiment un défaut

La fausse qualité

Lorsque j’ai préparé mes entretiens de recrutement, il y a très longtemps, on m’a conseillé de préparer mes réponses à la question: « Quel est votre principal défaut? ».

C’est une question piège: il est en réalité hors de question de vraiment étaler ses défauts devant un recruteur. On m’a conseillé de dire plutôt que je suis perfectionniste; le futur employeur est censé penser que mon travail sera de qualité.

En fait, c’est dommage qu’on ne m’ait jamais posé la question en entretien: j’aurais pu répondre que j’étais perfectionniste avec la plus grande sincérité.

Par contre, il est très très clair pour moi que le perfectionnisme est un vrai défaut, et qu’à lui tout seul, il peut produire de très mauvais résultats, voire pas de résultat du tout.

Le perfectionnisme est un handicap

Le mot peut prêter à confusion: on s’imagine quelqu’un qui n’accepte de s’arrêter que lorsque ce qu’il ou elle a entrepris est parfait. Et qui donc ne produit que des résultats parfaits.

Or le plus souvent, un ou une perfectionniste n’a jamais l’impression de produire quelque chose de parfait, ou même de bien. Et parfois il ou elle ne produit pas grand chose, à cause d’une procrastination chronique, et de critiques internes incessantes.

Une autre façon de dire perfectionniste c’est: « qui se met des objectifs inatteignables ». Cela peut vouloir dire ne pas commencer, pour ne pas échouer à atteindre ces standards impossibles. Cela peut vouloir dire changer d’objectif dès qu’on l’a atteint. Cela peut vouloir faire pleuvoir les critiques sur chaque début d’initiative; puis se demander pourquoi nous ne parvenons pas à finir nos projets.

Une des mes habitudes favorites a été de commencer trop tard pour être capable de fournir un bon travail, par manque de temps; puis de me dire que ce n’était pas terrible, mais que c’est normal: je n’avais pas le temps! Cela m’a évité très longtemps de faire face aux vrais jugements, le mien et celui des autres, quand je mets l’énergie et le temps qu’il faut: qu’est ce que ça donne vraiment, alors ? (la réponse est: ça dépend. Certaines fois c’est vraiment bien; d’autres fois ce n’est pas terrible. Et tout va bien, dans tous les cas).

Et souvent, cette voix intérieure qui ne nous lâche pas, qui continuellement critique ce que nous faisons, ce que nous sommes, ce que nous pensons, ce que nous ressentons…

Etre perfectionniste est insupportable

Et cela ne produit même pas de bons résultats. Cela nous paralyse, nous angoisse, nous fait passer un temps infini sur des choses qui n’ont aucune importance.

Nous passons tellement de temps à nous regarder le nombril que nous pouvons passer à côté d’informations cruciales. Comme, par exemple, le fait que quelqu’un est en train de profiter de travail. Ou que nous ne courrons pas après le bon objectif.

Le perfectionnisme est l’enfant d’une estime de soi défaillante. Lorsque nous avons des doutes sur notre valeur, nous cherchons à la prouver sans cesse au travers de nos succès. Plus notre estime de nous-même est basse, plus nous devons accomplir des choses extraordinaires pour nous sentir valables. Moins nous y parvenons.

Le perfectionnisme est aussi l’enfant de l’anxiété. Nous croyons magiquement contrôler ce qui nous arrive en faisant tout bien; mais c’est une illusion: il y a beaucoup de choses que nous ne contrôlons pas, et une brassée de bon points n’y changera rien.

Enlevez la mauvaise estime de soi et l’anxiété, le perfectionnisme s’en va.

Et alors seulement, nous pouvons commencer à être productifs.

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