Le perfectionnisme est insupportable

La fausse qualité

Lorsque j’ai préparé mes entretiens de recrutement en entreprise, il y a très longtemps, on m’a conseillé de plancher sur la question: « Quel est votre principal défaut? ».

C’est une question piège: il n’était pas question d’étaler les aspects les moins reluisants de ma personnalité devant un recruteur. Le conseil qui m’a été donné c’est : « dis plutôt que tu es perfectionnisme, ton futur employeur pensera que tu feras un travail de qualité ».

C’est dommage qu’on ne m’ait jamais posé la question en entretien: j’aurais pu répondre que j’étais perfectionniste avec la plus grande sincérité.

Par contre, dans mon esprit et celui de tous les psychologues qui ont un tant soit peu travaillé sur la question, il est clair que le perfectionnisme n’est pas une qualité.

Le perfectionnisme est un handicap

Le mot peut prêter à confusion: on s’imagine quelqu’un qui n’accepte de s’arrêter que lorsque ce qu’il ou elle a entrepris est parfait. Et qui donc ne produit que des résultats parfaits.

Or le plus souvent, un ou une perfectionniste n’a jamais l’impression de produire quelque chose de parfait, ou même de bien. Et parfois il ou elle ne produise pas grand chose, à cause d’une procrastination chronique, et de critiques internes incessantes.

Une autre façon de dire perfectionniste c’est: « qui se met des objectifs inatteignables ». Cela peut vouloir dire ne pas commencer, pour ne pas échouer à atteindre ces standards impossibles. Cela peut vouloir dire ne jamais être satisfait de ce que l’on a fait. Cela peut vouloir dire changer d’objectif dès qu’on l’a atteint. Cela peut vouloir faire pleuvoir les critiques sur chaque début d’initiative; puis se demander pourquoi nous ne parvenons pas à finir nos projets.

Et souvent, cette voix intérieure qui ne nous lâche pas, qui continuellement critique ce que nous faisons, ce que nous sommes, ce que nous pensons, ce que nous ressentons…

Etre perfectionniste est insupportable

Et cela ne produit même pas de bons résultats. Cela nous paralyse, nous angoisse, nous fait passer un temps infini sur des choses qui n’ont aucune importance.

Nous passons tellement de temps à nous regarder le nombril que nous pouvons passer à côté d’informations cruciales. Comme, par exemple, le fait que quelqu’un est en train de profiter de travail. Ou que nous ne courrons pas après le bon objectif.

Le perfectionnisme est l’enfant d’une estime de soi défaillante. Lorsque nous avons des doutes sur notre valeur, nous cherchons à la prouver sans cesse au travers de nos succès. Plus notre estime de nous-même est basse, plus nous devons accomplir des choses extraordinaires pour nous sentir valables. Moins nous y parvenons.

Le perfectionnisme est aussi l’enfant de l’anxiété. Nous croyons magiquement contrôler ce qui nous arrive en faisant tout bien; mais c’est une illusion: il y a beaucoup de choses que nous ne contrôlons pas, et une brassée de bon points n’y changera rien.

Enlevez la mauvaise estime de soi et l’anxiété, le perfectionnisme s’en va.

Et alors seulement, nous pouvons commencer à être productifs.

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