L’estime de soi ou la conquête du graal

Je sais très bien pourquoi j’ai commencé un travail sur moi. Un jour j’ai pensé très clairement: « Si je ne vais pas chercher de l’aide maintenant, je vais crever ».

Avec le recul, je pense que j’avais raison. Ce n’était pas une exagération.

Je ne parvenais pas à mettre des mots sur mon malaise, pourquoi je me sentais si mal. Tout était confus et nébuleux. Au fur et à mesure de mon travail sur moi, j’ai compris que mes problèmes étaient plus sérieux que ce que je croyais au départ.

C’était bien, cette ignorance; sans elle je me serais découragée avant d’avoir commencé.

Mais dès le départ un de mes problèmes était absolument évident, même dans ma grande confusion : une estime de moi plus basse que basse.

Et c’est un euphémisme; en fait je me trouvais nulle, avec des comportements étranges, des désirs coupables, des réactions inappropriées. Je sentais que j’étais différente des autres, et pas dans le bon sens. En fait je me trouvais plus nulle que n’importe quelle autre personne sur terre. Je ne voyais pas comment quelqu’un pourrait m’apprécier. D’ailleurs les gens qui m’aimaient auraient cessé immédiatement de le faire s’ils m’avaient vraiment compris. Heureusement que je parvenais à le cacher!

Evidemment quand je l’écrit aujourd’hui ces croyances me paraissent totalement en dehors de la réalité. Voire, avec un petit côté folie des grandeurs à l’envers. Un de mes psychologue et auteurs favoris, Thom Rutledge, a décrit ses interrogations devant le nombre de ses clients qui se pensent les plus nuls de la terre. Comment était il censé déterminer le gagnant de cette grande compétition de nullité cosmique ?

Avant que vous n’imaginiez les psychologues en symposiums pour élire le patient le plus nul de l’année, il faut savoir que ces mêmes psychologues ne prennent pas ce genre d’affirmations au sérieux.

Non pas que ce problème soit anodin: il est un des moyens les plus sûrs d’avoir une vie pénible. Mais comme tout bon clinicien peut le confirmer, c’est un problème très courant. Les hommes et les femmes les plus nuls de la terre sont légions.

Et il ne recouvre aucune réalité quand à la valeur, l’intelligence, la beauté, ou la popularité réelle de la personne qui pense cela d’elle-même. Aucun rapport: vous l’avez sûrement constaté: on voit des personnes intelligentes qui se trouvent débiles, des personnes resplendissantes qui se trouvent moches, des personnes qui se sacrifient constamment et qui se trouvent égoïstes, et ainsi de suite… La plupart du temps d’ailleurs, on n’est ni super, ni nul, on est juste normal(e). On le voit très bien quand il s’agit des autres, mais pas du tout quand il s’agit de soi.

C’est que la source de notre estime de nous-mêmes ne réside pas dans la manière dont nous sommes: elle a été fabriquée par notre histoire. Ce que nous portons avec cette estime de nous-mêmes dégradée, c’est une cicatrice, parfois beaucoup de cicatrices.

Pour moi c’est important de commencer par là, parce que cette estime de soi abyssale est un des obstacles les plus importants à la guérison émotionnelle. Si le problème c’est nous, comment le résoudre sans se débarrasser de nous-mêmes ? Comment aller chercher de l’aide, auprès d’un psy, ou auprès d’amis d’ailleurs, alors que nous pensons que nous dévoiler va provoquer un jugement et une réaction de rejet? Que nous sommes fondamentalement défectueux ?

Je sais, par expérience, que reconstruire (ou construire) une estime de soi est possible. Je sais aussi que c’est un travail qui ne se fait pas en quelques jours. Et que donc ceux et celles d’entre vous qui vont lire ces mots et se sentir concernés, ne vont pas changer d’avis grâce à quelques lignes.

Je voudrais juste insinuer un petit, petit doute dans votre esprit: et si votre opinion de vous mêmes n’était qu’une cicatrice psychologique, le résultat de votre histoire? Si ce jugement ne se basait sur rien de réel ? Et si vous pouviez vous permettre de partager ce qu’il y a à l’intérieur de vous, par exemple avec un psychothérapeute? Et que vous constatiez, parce que c’est ce qui se passerait, que personne n’a de réaction horrifiée et que votre interlocuteur est juste curieux de comprendre comment vous en êtes arrivé(e)s là?. Peut être que cela vaut la peine de remettre nos certitudes en questions.

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