D’ou viennent les addictions ?

Si le sujet des addictions vous intéresse, je vous encourage à faire une expérience intéressante: tout d’abord, allez lire l’article sur les addictions de Wikipedia.

Maintenant, essayez d’extraire les causes de l’addiction d’après cet article.

Vous n’avez pas réussi, même en le relisant? Et bien rassurez vous, c’est tout à fait normal.

Vous trouvez bien quelques considérations sur l’héritabilité partielle du trouble identifié sur les vrais jumeaux (mais due à quoi? La génétique? L’épigénétique? L’histoire commune intra-utero ? Mystère).

Quelques considérations sur les neurotransmetteurs – endorphine, qui permet le lien affectif, et dopamine, qui permet le sentiment de satisfaction.

Une pincée de neurologie, parlons donc de ganglion basal, de cortex pre-frontal, et même noyau accumbens.

Et pour finir en beauté, deux trois mots sur Freud et la pulsion de mort.

Mais nulle part, quelque chose qui dit: la cause des addictions se trouve ici.

Au cas où vous penseriez avoir loupé l’information parce que vous n’avez pas tout compris, laissez moi vous rassurer: j’ai quatre années d’études en psychologie derrière moi. Je connais le sens de chacun des mots employés dans cet article. Je vous assure: il n’y a PAS de description des causes de l’addiction. Et plus inquiétant encore: j’ai trouvé le même confusion dans mes cours et mes livres de psychologie clinique.

Maintenant, une autre expérience, celle que j’ai faite en première année de master: j’ai effectué un stage de plusieurs mois en psychiatrie, spécialisé dans le traitement des addictions. Au bout d’une semaine ou deux, les cliniciens avec qui je travaillais, et auprès de qui j’apprenais, m’ont confié:

« De toutes façons, la moitié des personnes traitées ici ont été abandonnées ou retirées à leurs parents par la protection de l’enfance. L’autre moitié a été victime de violences ».

Et je l’ai vérifié tout au long des groupes de paroles et des entretiens cliniques individuels. Qu’est ce qui sortait, une fois qu’on laissait un peu de temps et d’espace psychologique aux patients ? Des expériences traumatiques.

Les cliniciens savent, d’expérience, ce qui cause les addictions. Ils en ont chaque jour la confirmation dans leur pratique.

Alors bien sûr, on peut s’interroger à loisir sur ce qui ne va pas chez ces gens qui ingèrent ou s’injectent des substances toxiques, et qui souvent perdent tout dans le processus, y compris leur vie. C’est une interrogation légitime, c’est aussi la mienne.

Mais je m’interroge aussi sur ce qui ne va pas chez les psychiatres, les psychologues, les soignants, et la société en général; comment est-il possible d’ignorer à ce point l’évidence clinique ? Qu’est ce qui se joue pour que malgré l’expérience quotidienne des addictologues, malgré un nombre croissant d’études sérieuses montrant le lien entre addictions et trauma, on continue à écrire et enseigner qu’on ne sait pas très bien ce qui cause les addictions ?

Ce dont on parle, ici, c’est de déni. Il est trop difficile, pour beaucoup d’entre nous, y compris les psys, de reconnaître qu’il n’y a rien de spécifique à une personne ayant une addiction. Rien de spécifique, à part ses expériences.

Cela voudrait dire que la seule chose qui se tient entre un héroïnomane et nous, c’est son histoire. Une frontière bien ténue, trop ténue…On préfère penser que son cerveau n’est pas comme le notre (ce qui peut être vrai, d’ailleurs, mais probablement à cause de ses expériences…).

Alors quel soulagement d’écouter le docteur Gabor Maté nous parler des addictions et d’où elles viennent ! Cet TED talk est très riche d’idées, et j’y reviendrais sans doute plusieurs fois, mais l’information primordiale à retenir est celle-ci: les addictions ne sont pas des problèmes. Ce sont des solutions (problématiques) à d’autres problèmes plus anciens et plus profonds. Se focaliser sur l’addiction elle-même, à l’exclusion de l’histoire qui est derrière, revient à ne traiter qu’un symptôme.

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